Le Cap Corse d'Est en Ouest

Il est temps de reprendre la route sur ma si belle île,
avec un itinéraire qui me tient particulièrement à coeur, puisqu'il s'agit de mon coin préféré de l'île : le Cap Corse.
Une île dans l'île, sauvage, écorchée, dont la puissance des vents a formé la végétation d'un maquis puissant, des paysages qui rendent mélancoliques, une route qui se dérobe sous nos yeux, cap sur le Cap !

Il est 8 heures ce matin-là, lorsque nous nous apprêtons - Christelle & moi - à prendre la route du Cap Corse. Le soleil fait timidement son apparition dans l'horizon lointain empli de brume.

Nous quittons Bastia aux prémices du jour, la côte Est de l'île laisse éclater les premiers rayons du soleil à notre itinéraire, à Ville-di-Pietrabugno, proche banlieue bastiaise, les villas se colorent graduellement. La D80 déroule subtilement ses courbes, celles d'une route pittoresque en corniche qui s'immisce dans la beauté des paysages.

Un arrêt sur la plage de Grisgione nous laisse contempler une mer d'huile, avant d'arriver à Santa-Maria-di-Lota où sa célèbre tour génoise se dresse alors face à nous. La majorité des plages qui entourent la presqu'île du Cap Corse est bordée de galets, l'une des particularités de cette microrégion.

MIOMO

ERBALUNGA

Porte d'entrée du Cap Corse, la marine d'Erbalunga est une étape incontournable. Superposition de maisons plongeant littéralement dans la mer, sa tour génoise en ligne de mire. De son petit port de pêche à sa place centrale, ce village enchante par sa douceur et son authenticité.

Par-dessus ses buis, la jolie carte postale d'un village posé sur l'eau se dessine, la vue la plus populaire de la commune s'aperçoit depuis la route départementale, où les touristes se pressent chaque été pour découvrir ce lieu si saisissant.

Notre route se poursuit, côtoyant successivement Sisco, Pietracorbara, la Tour de l'Osse... villages disséminés en hameaux, perchés sur les hauteurs, paysages contrastés, tour génoise suspendue, en contrebas se lovent de jolies criques aux bleus azurs nuancés.

On sent peu à peu les habitations disparaître pour laisser place à des paysages plus naturels, presque sauvages, au milieu, des vignobles ont vu le jour, s'immiscant inopinément dans cette nature exubérante.

PORTICCIOLO

Mais, au prochain virage, ce sera une jolie marine qui s'ouvrira de nouveau sous nos yeux ébahis, peut-être la plus belle, finalement.

Porticciolo est un hameau de la commune de Cagnano, formé dans un creux autour duquel la route se faufile discrètement, laissant entrevoir de jolies maisons typiquement capcorsines. Toits en lauzes grises, ces maisons de schiste enchevêtrées face à une mer tyrrhénienne où les barques de pêche s'agitent encore passionnément.

L'histoire raconte que la pêche a connue un accroissement fulgurant jusque dans les années 70, Porticciolo était alors un port maritime reconnu, dont le chantier naval a fonctionné jusqu'en 1875, avant de laisser place au développement touristique.

Exposé aux tempêtes et aux invasions, le Cap Corse noue un rapport privilégié à la mer de tout temps.

Parfois, le silence est de rigueur, comme ici, présentement. Savourer l'instant présent d'une douce matinée où le ciel est devenu parfaitement bleu, le soleil est monté un peu plus haut, pour nous permettre d'en admirer les rayons à travers les pins parasols.

Ce jour est peut-être trop parfait pour paraître réel. Pas un bruit autour de nous. Et personne. Juste le silence et la beauté d'un village assoupi se dressant face à cette mer, limpide.

MERIA / TOMINO

La route se dérobe sous nos yeux, notre regard plonge dans ces eaux azures, à chaque virage, chaque courbe plus vertigineuse, il se jette dans ces côtes escarpées, nous offrant à chaque kilomètre un panorama différent.

Insaisissable Cap Corse, parfum de lentisque qui traverse parfois notre habitacle, cheveux aux vents à la fenêtre de la voiture, on admire ce défilé de maquis, maisons d'américains, tours génoises, sans jamais se lasser. Déjà 3 heures que nous sommes parties.

On arrive presque s'en sans rendre compte au bout de l'île. Le doigt de la Corse pointant vers le continent.

Une route, trois possibilités.

> De Luri à Pino, on trace à l'ouest par l'intérieur, la route est quelconque, mais elle permet de découvrir la Tour de Sénèque, qui offre un panorama exceptionnel des deux côtés de l'île.

> Emprunter la route de Morsiglia, atypique de par sa petite taille, un joli itinéraire bis, pour ceux qui veulent se confronter au maquis, et à l'aventure de devoir croiser un autre véhicule.

> De Macinaggio à Ersa, faire le tour complet du Cap, découvrir le point le plus au Nord de la Corse et l'île de la Giraglia.

La route, tant sinueuse soit-elle, nous offre un champ de perspectives évolutif. Macinaggio, son petit port, son sentier des douaniers est le dernier regard que nous portons sur la côte italienne, nous ne tarderons pas à basculer de l'autre côté après avoir dépassé successivement Rogliano, Barcaggio et Ersa.

Les éoliennes désormais pour seul repère, à notre droite un ilot surgit de l'eau et marque l'extrémité nord de l'île. Il s'agit de l'île et du phare de la Giraglia.

Le Moulin Cap Mattei, célèbre emblème publicitaire de la marque d'apéritif portant le même nom domine le village de Centuri depuis le Col de la Serra.

CENTURI

Cap sur l'ouest! L'après-midi débute à peine et le soleil est au plus haut.
Nous entamons notre descente vers le port de Centuri.
Le hameau de Cannelle, ses Palazzi d'américains et ses jolies glycines attirent notre œil durant notre trajet. Le printemps confère de bien belles couleurs à notre entourage, tout semble si joyeux, tout droit sorti d'un arc-en-ciel. Le décor change subitement, on se retrouve plongées dans une forêt de chênes, surprenante et presque contradictoire avec le reste du paysage. Ses lianes accrochent mon regard, son vert et sa douceur contrastent avec la densité du maquis environnant.

Au bout de quelques minutes nous voici à la marine de Centuri pour une pause déjeuner. La spécialité ici : la langouste fraîchement pêchée et le Pastizzu, petit flan à la semoule.

Le décor est planté, l'atmosphère ici est chaleureuse, comme si ce petit port embaumait nos cœurs instantanément.

Au fil du temps, les petites barques de pêche ont laissé place aux bateaux de plaisance, toujours plus nombreux.

Et toujours cette accolade de maisons, surplombant les quais, tandis que les tours de guet veillent constamment sur elles. On compte pas moins de trente tours génoises dans le Cap Corse, sentinelles de schistes, elles avaient pour objectif de lutter contre l'invasion barbaresque et de contrôler le trafic maritime.

 

Notre itinéraire se poursuit en direction du sud-ouest, en cet après-midi de mars, les couleurs se font plus chaudes à mesure que le soleil décline. Nous redescendons le Cap de son versant ouest, notre parcours a de ça de merveilleux qu'il nous permet de voir un même jour le soleil se lever et se coucher sur la mer.

Rouler des heures entières entre mer et montagne, comme suspendues au bord d'un précipice aussi fascinant qu'ineffable. Le printemps rend le tableau chimérique, les couleurs sont vives, mais la roche puissante, elle n'est pas sans nous rappeler que les hivers ici peuvent être rudes, et le paysage mis à l'épreuve du temps. Le vent a façonné la nature, lui donnant des directions parfois surprenantes, les routes doivent souvent être reconstituées après une saison houleuse, sous la tempête.

La prochaine étape est pour moi la plus belle. Le coin le plus sauvage et préservé de l'île, on entre dans l'anse d'Aliso, ciste, arboursier, myrthe sauvage, la nature ici est riche et prépondérante, elle est partout autour de nous et rien ne vient l'altérer.

Subtil mélange de verts et de bleus, aux multiples nuances, qui tapent-à-l'œil, fascinent. Le relief est escarpé, en rythme et en cadence on s'enfonce un peu plus loin dans ce paysage luxuriant.

anse-aliso-vue-sunset.JPG

La journée s'achève

sur la Côte Ouest du Cap Corse

PINO

Autre merveille cachée dans ce joyau qu'est le Cap Corse, le village de Pino. Comme endormi face à la mer, entouré de cyprès et de pins parasols, on lui confère une atmosphère particulière, il envoûte.
Les Mausolées, imposantes sépultures de notre héritage culturel, n'y sont pas pour rien.

En contrebas, la marine de Scalo permet de découvrir une mer ligure d'un bleu puissant, et une autre facette d'un village d'aspect plus moderne. Tour génoise et couvent Saint François s'ouvrent sur une vue enchanteresse. Ce village restera un vrai coup de cœur, sa pudeur, ses maisons qui semblent jouer à cache-cache dans une nature qui prospère, lui donnent un côté mystérieux, presque impénétrable.

 

NONZA

La route trace ses boucles interminables dans ce maquis dense, la lumière de fin de journée occulte notre pare brise. Les communes s'enchaînent et les hameaux s'admirent, parfois de loin, Canari, Minerviu, Barrettali, Ogliastro, Albo... en tout, le Cap Corse compte 183 hameaux.

Une des dernières étapes de notre parcours, et pas des moindres, le village de Nonza, lui-aussi suspendu face à la mer, mais une mer particulière cette fois, puisqu'il domine une plage de galets noirs.

Au café de la Tour, on admire la belle église Sainte Julie en sirotant une boisson sous les platanes. L'ambiance est chaleureuse, on aimerait arrêter le temps et rester ici, silencieux.

Après quelques minutes d'instants figés, nous grimpons jusqu'à la tour génoise, admirer le coucher du soleil, en surplombant la mer et le village.
À côté, le célèbre bar-restaurant La Sassa, permet de partager un repas ou un verre avec une vue époustouflante.

 

On retient son souffle une dernière fois, en parcourant la célèbre route des vins de Patrimonio. Le soleil se couche sur littoral, on reprend la route de l'intérieur par le Col de Teghime pour revenir à Bastia.

20 heures, la boucle est bouclée.

 

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