Vernazza, Cinque Terre

Un petit port, des maisons colorées, une cuisine à tomber, nous voilà dans le quatrième village de ce voyage dans les Cinque Terre : Vernazza. 
L'Italie m'aura fait tourner la tête avec toutes ces magnifiques couleurs, et même si Manarola y était pour beaucoup,
c'était sans compter sur le charme de Vernazza, autre symbole des Cinque Terre.

S'il y a bien un village que nous n'aurions manqué sous aucun prétexte, c'est bien Vernazza. 
Ah Vernazza ! À la seule évocation de son doux nom me viennent en tête des images polychromes, aux tonalités éclatantes, à l'accent italien qui met du vague à l'âme à sa simple prononciation... Cela fait déjà trois jours que nous sommes arrivées dans la Province de la Spezia. Vernazza était au programme de notre journée de la veille, rendez-vous manqué. Nous y avons passé la matinée mais la météo n'étant pas notre alliée nous avons préféré remettre au lendemain notre découverte du village, la perspective de voir ce petit port sous un ciel parfaitement bleu nous faisait de l'œil, bien plus que le ciel grisonnant de ce matin-là...

Alors, nous entamons notre troisième journée dans le parc national des Cinque Terre en direction de Vernazza. Manque de pot, il ne fait guère plus beau aujourd'hui et on peut lire sur nos visages une déception certaine. On ne peut se résoudre à accepter cela. On y croit coûte que coûte. On glisse parmi les jolies ruelles du village, on s'imprègne d'une atmosphère délicate, on côtoie des anciens, curieux de tout ce remue-ménage, qui parfois épient de par leur fenêtre, les nombreux visiteurs de ce petit bourg bien sympathique, ils sont marrants, et doivent certainement se raconter des potins, d'une fenêtre à l'autre. J'aime ces moments, ces instants furtifs d'un quotidien où le touriste s'apparente à l'habitant. 

La rue principale du village est une succession de restaurants et boutiques de souvenirs, beaucoup de monde piétine ici, alors que d'autres ruelles adjacentes sont elles étonnement vides et calmes, boudées par des touristes enclin à la paresse, se contentant de suivre ce que leur indique leur guide, nous cherchons toujours à emprunter des chemins, peut-être une sorte de curiosité mal placée, ou l'envie de voir l'envers du décor. L'attrait des petits commerces, seuls véritables divertissements où se bousculent des touristes en quête de découvertes et souvenirs à rapporter, a suscité l'éveil du quartier. L'on y vient manger des focaccie, acheter du vin, de la bonne charcuterie ou encore des pâtes produites dans la région, et bien d'autres choses faisant immédiatement référence à l'Italie. Les étals des épiceries, pâtisseries, traiteurs-boucheries à portée de main. Un vrai bonheur.

Au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans le village, par le chemin qui nous mènera jusqu'au port, les nuages s'amoncellent et le temps continue à se dégrader. Nous faisons face et tentons de remballer notre amertume. Les prévisions ont l'air meilleures en fin d'après-midi. Espérons. Le présent se dérobe sous nos yeux, nous écourtons notre balade et partons découvrir le village suivant : Monterosso Al Mare. On sait pertinemment que le temps perdu ne se rattrape guère, et l'on croit dur comme fer que les nuages se dissiperont au cours de la journée, alors on file cueillir le jour à Monterosso le temps de quelques heures.

Après avoir essuyé un bel orage alors que nous étions tranquillement attablées au restaurant, nous avons pu découvrir le petit village de Monterosso Al Mare en un rien de temps. 
Mais nous sommes confiantes, et c'est avec le sourire que nous repartons, pleines d'espoir vers notre Vernazza chéri. Il est évident que le temps s'est favorablement amélioré, on y voit prospérer, de ci, de là, des morceaux de ciel bleu sur lesquels de gros nuages restent accrochés. Mais ils disparaitront naturellement, comme ci quelqu'un avait entendu notre prière.

La journée peut enfin commencer.

De retour sur le petit port, rien n'a changé, tout est semblable à ce matin, nos bateaux de pêcheurs sont toujours là, ainsi que nos personnes âgées. Le linge refait surface aux abords des fenêtres vertes. Les touristes eux-aussi, sont là, les terrasses se remplissent, le soleil réapparaît et la vie printanière peut reprendre son cours.

On restera ici une bonne partie de l'après-midi, charmées par ce décor surnaturel, on ne peut se détacher de cette image, on se l'accapare, et captivées, on savoure chaque instant de ce bonheur que l'on touche enfin du doigt. 

Il faut dire que l'on est chanceuses, Vernazza aurait pu disparaître complètement lors des événements catastrophiques de 2011 où le village a été dévasté suite à d'effroyables inondations. On en est d'autant plus conscientes en passant devant un panneau photographique démontrant les dégâts subis par les habitants. Vernazza s'est relevé, s'est reconstruit, au fil des années, des traces de ce passé douloureux sont toujours présentes, mais l'avenir est en marche, il leur appartient et sera, je leur souhaite, de bien meilleure augure.

Dominé par une impressionnante tour génoise, le village de Vernazza possède un cadre naturel particulier et exceptionnel. Peu accessible par la route, il se dresse sur un petit promontoire rocheux, à la manière des autres villages des Cinque Terre. Bien que peu accessible, il fait parti des villages les plus populaires, on y vient en train ou par des sentiers de randonnée plutôt escarpés mais qui offrent des panoramas à couper le souffle.

Nous sommes émerveillées, le temps ne pouvait être plus parfait, les rayons ardents du soleil se font sentir sur notre peau après qu'il eut atteint son zénith, les couleurs des maisons se font plus expressives, se dorent à la caresse de celui-ci. La place principale se remplie au fil des heures, c'est ici que bon nombre de voyageurs et d'habitants se côtoient, où des amoureux se retrouvent sur un banc, des amis à la terrasse d'un café, des anciens à papoter de la pluie et du beau temps.
C'est le lieu le plus couru du village, le plus fréquenté, celui où l'on vient se poser, admirer la vue d'une anse typique aux barques de pêcheurs toutes plus jolies les unes que les autres. Où l'on peut discuter et rire avec des pêcheurs sympathiques, qui n'hésitent pas à aborder les nombreux touristes qu'ils croisent, comme ce monsieur qui se moque gentiment de nous et qui voudrait être pris en photo, pour faire figure de « star du village ». Les chats et les mémés profitent du beau temps, bercés par la douceur de la vie, tandis que les pêcheurs s'adonnent à la tâche dans les eaux de la jolie Méditerranée.

À deux pas de là, une majestueuse église jouxte la place et son petit port, l'église de la paroisse de Sainte Marguerite d'Antioche, et son haut clocher octogonal qui fait face à la mer.
On tente de contenir le temps qui file, mais l'heure tourne et le rythme s'emballe à mesure que le soleil amorce sa descente. Il est alors temps pour nous de pénétrer dans les terres.

Après quelques heures passées dans l'intérieur du village, à déambuler dans les rues, où les marches rythment la vie quotidienne, à contempler un paysage façonné entre terre et mer. Devant nous, à l'embouchure du port, se dressent des pics de rochers, qui s'élèvent et se perdent dans le ciel.

Animées par la beauté époustouflante des lieux, nous décidons de grimper pour en prendre davantage plein les yeux. D'un côté comme de l'autre, plusieurs possibilités s'offrent à nous, mais l'heure et le paysage commencent à nuancer, l'heure dorée de cette fin de journée accélère et il faut pas tergiverser plus longtemps. 
On se hissera jusqu'à la tour génoise pour découvrir le village sous un nouvel œil puis l'on empruntera une partie du chemin menant à Monterosso Al Mare afin de le dominer de son autre versant.

La montagne se dessine sous nos yeux, on s'aventure sur le sentier à pic avec affront, mais sans y être pour autant préparées. Jean's serrés et Converse aux pieds, véritable style de ville pour des acolytes en détente. À mesure que l'on gravit les marches on comprend que les sentiers italiens ne sont guère une plaisanterie. Même le petit kilomètre qui nous permettrait d'avoir l'une des plus belles vues du village se mérite, et plus l'effort se fait sentir, plus nous voulons grimper plus haut. Nous croisons de véritables randonneurs, équipés et épuisés du chemin qu'ils ont parcouru depuis Monterosso. La pente en vue et l'horizon qui se dévoile face à eux leur permet d'affronter les quelques pas restants. 
Le sentier est difficile car abrupt, le dénivelé est important, et même en promenade l'ascension se relève être assez pénible. Mais le jeu en vaut la chandelle. 

Le rythme se fait plus lent, le pas saccadé, on s'éloigne du village en prenant toujours plus de hauteur, on traverse des vignobles et l'on comprend tout leur fonctionnement. La lumière aveuglante de fin de journée diffuse et confère au village une atmosphère particulière. La journée se termine sur une note positive, l'instant est éphémère et l'on saisit l'importance d'être là.

La descente sera plus douce et l'on est entraînés avec vivacité de par l'inclinaison de sa pente. En contrebas, on aperçoit de nouveau le village qui se rapproche graduellement, la magie opère toujours, le bleu paraît plus bleu, les couleurs plus vives et l'église toujours plus imposante. Une alchimie constante qui nous fait écho et nous ramène à une réalité soudaine, ce sont nos dernières heures dans les Cinque Terre. Nos derniers moments partagés ici.

De retour sur la place de l'église, on prendra le temps de savourer notre dernière soirée autour d'un spritz, à la lueur d'un crépuscule plus irréel que jamais. Dans le silence assourdissant de la mer, la nuit s'invite progressivement dans notre activité diurne, nous errons dans le village à la recherche d'une bonne adresse pour dîner avant de reprendre le train pour Riomaggiore. La soirée s'achève et présage la fin d'un beau voyage. Les étoiles illuminent le ciel de Ligurie, on se couche le coeur empli de joie.


Padoune

Corsica, 28 Avenue du Mont Thabor, Ajaccio, Corse, 20090, France