Cap Corse : Le sentier des douaniers de Barcaggio à Macinaggio

Ce sentier est peut-être l'un des plus connus de Corse, après le GR20. Pas du tout du même genre, ni du même niveau, c'est un sentier du littoral, une randonnée facile et accessible à tous, qui permet de longer la côte du Cap Corse, une partie uniquement accessible par la mer ou à pied. 

Il est un lieu où les vents soufflent fort, un paradis perdu, une des régions les plus sauvages et abruptes de notre si belle île. Un lieu chargé d'histoire, qui aurait pu être dévasté par son passé romain, mais dont les ressources étaient bien plus importantes.

Cette promenade peut se faire au gré de ses envies, le sentier longe le Cap Corse en passant par les villages de Centuri, Tollare, Barcaggio et Macinaggio. Il est donc possible de le parcourir dans son intégralité (environ 8h30 de marche) ou de n'en choisir qu'une partie. C'est ce que nous décidons de faire, par ce mois de juin particulièrement chaud.

Cela fait quelques années que je veux faire cette randonnée, mais la distance et le temps ont eu raison de moi maintes fois. À chaque arrivée du printemps l'envie de monter dans le Cap me revient inexorablement. Malheureusement, difficile de prévoir pour un week-end la météo idéale, le vent soufflant souvent très fort dans ce coin de l'île. Faire 8h de route pour presque autant de randonnée, ça ne s'improvise pas. Le mois de mai est celui que je conseille pour promener sur le sentier, ou l'arrière-saison, quand la température n'est pas encore insupportable. Malheureusement pour nous, road trip oblige, nous avons dû attendre notre retour des États-Unis pour pouvoir y aller. Et cette fois pas d'excuses, on ira coûte que coûte avant l'été. 

Mi-juin donc, nous partons sur la route, Flo & moi, pour un week-end dans le Nord de l'Île. Pour un trajet plus court, nous faisons un arrêt dodo chez la famille à Corté le vendredi soir. 

Samedi matin, 6h30 nous voilà partis pour 2h30 de route jusqu'à Barcaggio. C'est de là que notre balade partira. On choisit de laisser notre voiture à Barcaggio pour faire le trajet Barcaggio-Macinaggio (3h30 de marche), de dormir sur place pour faire le retour le lendemain.
8h. 25ºC sur la route, il fait déjà bien trop chaud, on réalise qu'on aurait dû partir plus tôt, tant pis, on y est on ne peut plus reculer.

Le sentier débute sur la plage de Barcaggio, avec toujours en ligne de mire l'île et le sémaphore de la Giraglia. Les premières minutes donnent déjà le ton, du bleu, du bleu et encore du bleu... des tons de bleu variant d'une crête à l'autre, entre le bleu du ciel et le dégradé de l'eau, on ne sait plus où donner de la tête (d'ailleurs on passe plus de temps à nous émerveiller devant les paysages... qu'à marcher). 

Quelques minutes plus tard, nous surplombons les hauteurs de la Baie de Capendula, nous sommes à cet instant précis au point le plus au Nord de la Corse, le bout du Cap Corse se trouve ici, délimité par la pointe et la Tour d'Agnello. On y passera un petit moment, à rêvasser devant un panorama aussi spectaculaire qu'incroyable. La vue est époustouflante.

À cette allure il nous faudra bientôt la journée pour arriver à destination, mais qu'importe, on saisit l'instant.

La Tour d'Agnello est protégée et fait partie intégrante du patrimoine architectural de la Corse depuis la fin du XVIème siècle.
La chaleur se fait de plus en plus présente, il est bientôt midi et ça se ressent sur nos visages, heureusement nous sommes équipés, mais le soleil de plomb puise notre énergie, et la suite de la randonnée se fait alors plus difficile.

On se retrouve de l'autre côté du versant, l'île italienne de Capraia face à nous, nous entamons la descente pour rejoindre celle que je rêve de voir depuis si longtemps... la Tour de Santa Maria.

Après quelques criques et plages de rêves (Cala Francese & Cala Genovese) où les vaches sont les seules à se délecter des lieux, nous voici (quelques heures plus tard, on ne les compte même plus - haha) devant la tour génoise la plus atypique de l'île...
Rongée par les stigmates du temps, cette magnifique tour schiste plongée dans la mer - dont une partie a disparu - est l'une des plus belles de Corse.

Entourée d'une plage aux eaux turquoises et dominée par une Chapelle du même nom, la Baie de Santa Maria est un vrai bijou pour quiconque viendrait s'y perdre.

La balade continue et les découvertes s'enchaînent, la réserve naturelle des Îles Finocchiarola s'offre à nous, je vous en reparlerais plus tard. Le balais des mouettes pour unique spectacle, on décide de s'arrêter là, dans l'Anse de Finocchiarola, profiter de la plage pour l'après-midi.

On enchaînera avec la Baie de Tamarone, où l'on ira boire un verre à la paillote avant notre dernière étape : Macinaggio.

Arrivés en fin d'après-midi, après une longue et éprouvante journée sous une chaleur écrasante - mais des images plein la tête - on part à la recherche d'un lieu pour passer la nuit. 

Après avoir écumé toutes les possibilités de logement, on finira par se poser dans un hôtel bien sympathique : U LibecciuSur conseils avisés de notre gentil hôte, (qui eût surtout pitié de l'état de fatigue visible sur notre visage) on décide de faire le retour par la mer, le lendemain matin, une navette partant tous les jours du port de Macinaggio à destination de Barcaggio.
Il existe aussi une navette routière, pour ceux qui, comme nous, n'auraient pas le courage de se refaire des heures de randonnée par temps caniculaire et souhaitant retourner à leur point de départ.

On profitera de la douceur de ce petit port du Cap Corse pour notre soirée avant de repartir, le lendemain, en sens inverse.

Dimanche matin, après un petit-déjeuner gargantuesque à l'hôtel U Libecciu, rendez-vous pris à 11h sur le port de Macinaggio afin d'embarquer sur le San Paulu. La compagnie propose des promenades en mer afin de découvrir les côtes du Cap mais aussi des excursions sur l'île toscane de Capraia, située à une trentaine de kilomètres de la Corse.

Une façon ludique et culturelle de découvrir ces lieux. Nous faisons donc le trajet de la veille en sens inverse, de Macinaggio à Barcaggio en passant par la baie de Macinaggio, la baie de Tamarone, les Îles Finocchiarola, la Tour Santa Maria, les plages de Cala Genovese et Cala Francese, la Punta di Agnello, l'île de la Giraglia et enfin Barcaggio.

La Réserve Naturelle des Îles Finocchiarola, est une réserve inhabitée abritant de nombreuses espèces endémiques. Cet archipel est constitué de trois îlots; autrefois rattaché à la Corse, et représentant une superficie totale de 3 hectares.
Plusieurs variétés de Goélands ainsi que d'autres espèces d'oiseaux ont élu domicile ici, et le principal intérêt de la réserve est de protéger leur site de nidification.

Lorsqu'on se retrouve ici, pas un bruit, juste le son de ces oiseaux nichés sur ces îles rocheuses proches du littoral. On admire le spectacle sur cette terre sauvage. Ici aussi l'empreinte du temps est visible avec une tour génoise décomposée, le guide nous explique qu'elle fut touchée par la foudre il y a plusieurs années ce qui provoqua l'effondrement de l'une de ses parties.

Nous continuons ensuite notre balade vers ma préférée, qui m'offre cette fois une vue encore plus belle que celle de la veille, avec des fonds d'eau turquoise, je m'émeus de nouveau devant ce bijou historique.

Se mouvoir, au gré du courant,
dans les eaux translucides
autour de la Tour Santa Maria.

On longe la Pointe d'Agnello, cette fois la vue est moins jolie et moins spectaculaire que la veille. Depuis le sentier, on a une vue panoramique plongeante exceptionnelle à 360°c, la couleur de l'eau, elle-aussi incroyable, ne se voit qu'en hauteur, il est donc essentiel d'effectuer la randonnée pour prendre toute la mesure des paysages que l'on domine.

La visite s'achèvera après un détour par l'île et le sémaphore de la Giraglia, petit îlot isolé et inhabité où trônent deux Monuments historiques : un phare et une tour génoise. La zone est, comme Finocchiarola, protégée et l'accès interdit. 

Notre balade prend fin dans le petit port de Barcaggio, où nous accosterons après une heure de balade en mer. 

Que ce soit par voie terrestre ou maritime, le Cap Corse offre des paysages uniques, qu'il faut voir pour comprendre. Deux jours ici m'ont paru une éternité, on prend le temps de vivre, de respirer, d'apprécier chaque détail que la nature à nous offrir. Des milliers de papillons nous suivent sur le sentier comme pour nous montrer le chemin, des fleurs et plantes du maquis, nous accueillent en se parant de mille couleurs, et leurs odeurs nous transportent vers un voyage sensoriel que l'on est pas prêt d'oublier.


Padoune

Corsica, 28 Avenue du Mont Thabor, Ajaccio, Corse, 20090, France